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- We Are
All The Grizzly Man - Each of us, strolling down our own daily path, Bears the throbbing heart of Timothy Treadwell. Whether we perch in a Redwood for years, Or line Sally’s college fund with ecocide dividends. To each of us is given a trace of his elfin charm And a goodly share of his narcissism. What a silly idea: that he could have guarded those Grizzlies, And not the other way around. What held them back, for years on end, Day in, day out, through brief arctic nightfalls, From breaching his tent, during an next endless sunset, And nose the scent of his rations to their gory source? He, guarding his bears, guarded in turn by Park Rangers, All of them protected by the vandal nonprofit of developing That landscape of dread winters, that mosquito’s paradise, Only good to fatten museum Grizzlies and be beautiful. Each of us must stand our ground, more or less aware Of the dangers that throng from every azimuth, From the smallest radiant particle, to the long-inert virus, To cosmic disaster and lethal Man set between. Each of us must face the desolation of this world, That rejects our perfect selves as unworthy. Each of us makes up stories to keep on breathing Howsomefully preposterous or false. Each must face the camera obscura of memory, Commemorate our absurdity for Kodak’s sake, Must videotape nocturnal lapses and failings, Pray folly in tears of rage against the indifference of God. Everyone seduces lovers, drags them into their fantasy, Persuades them, with fast talk and bunches of flowers, That they will never be alone as long as we are here, But cradled in perfect harmony and loving care. All of us must stare down our own gloom doom, No matter how often we had politely ignored each other; As during a civil conversation with some stolid policeman Who could send us to the hospital in a New York minute. Each of us croons and chuckles over the beauty Of sweet little cuties apt to slay us, sooner or later. Each of us hopelessly in love with people and stuff That could not possibly be worse for us. So don’t you dare laugh at his folly. Don’t curse his obsession that got an old bear killed. Don’t tisk over the last stand of his steadfast mate. And don’t suppose how much better you’d do it. There is no place to hide, no better way to go, No certainty or security except in delusion. Perfectly free to choose our certain fate, We’re all the Grizzly Man. |
- Nous sommes tous l’homme grizzly - Nous tous,
déambulant notre petit chemin quotidien, Portons le cœur
battant de Timothy Treadwell. Soit que l’on
perche des années du haut d’un séquoia, Sinon double la
caisse de sa fille, d’écocides profitables. À chacun de
nous est donnée une trace de son charme féerique Et une bonne
mesure de son narcissisme. Quelle idée
risible : qu’il ait pu protéger ces grizzlys, Et non pas dans
le sens inverse. Qu’est-ce qui
leur retint, pour des années entières, Du jour le
jour, d’un bout à l’autre de brefs crépuscules boréaux, De fendre sa
tente, la prochaine tombée éternisant du soir, Et fouiner le
parfum de ses rations jusqu’à leur source sanglante ? Lui, gardant
ses ours, gardés à leur tour par des gardiens de parc, Eux tous
protégés par le manque de profit vandale du développement De ce paysage
aux hivers effarants, ce paradis aux moustiques, Bon pour
engraisser des Grizzlys de musée et pour être beau. Nous tous
devons tenir bon, plus ou moins sensibles Des dangers qui
grouillent depuis tous les azimuts : De la plus
infime particule radieuse, au virus longuement inerte, Au désastre cosmique,
et à l’Homme fatal interposé. Chacun doit
contempler la désolation de ce monde, Qui rejette son
identité parfaite comme ne valant rien. Chacun fabrique
des histoires pour continuer à respirer, Soit
combinèment absurdes ou fausses. Chacun doit faire
face à la camera obscure de la mémoire, Commémorer
notre absurdité par égard à Kodak, Doit filmer des
erreurs et défauts nocturnes, Prier la folie
en larmes de rage contre l’indifférence de Dieu. Chacun séduit
des amants, leur tire dans sa fantaisie, Leur persuade, au
moyen de propos rapides et bouquets fleuris, Qu’ils ne
seront jamais seuls, tant que nous serons là, Mais bercés en
harmonie parfaite et en prévenance amoureuse. Nous tous
devons dévisager la triste frimousse de la ruine, Soit combien souvent
on se serait poliment ignoré ; Comme lors d’un
entretien courtois avec un agent impassible Qui nous
flanquerait à l’hôpital en une petite minute. Chacun fredonne
et rie tout bas de la beauté De petits
mignonnets aptes tôt ou tard de nous occire. Chacun l’amant
désespéré de gens et de trucs Qui ne
pourraient en aucun cas nous être pires. Alors, n’ose
surtout pas rire de sa folie. Ne maudit pas
sa hantise qui fit tuer un vieil ours. Ne susurre pas
le jusqu’auboutisme de sa compagne de bonne volonté. Et ne t’imagine
pas ayant mieux fait. Nul part où se
cacher, aucun moyen de mieux faire, Nulle certitude
ni sécurité, hormis dans la délusion. Parfaitement
libres de choisir notre destin formel,
Nous sommes
tous l’homme grizzly. |