SOMMAIRE
D’APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix
« Ton
isolement n'est pas tant l’effet direct de l’action ennemie mais du fait qu’en
parcourant ce chemin, tes expériences seront partagées par de moins en moins de
monde, jusqu’à ce qu’il n’y ait en fin de compte plus personne à laquelle te
faire comprendre. » Sarah Patton
Boyle, « Crache dans l’œil du diable : Une hérétique méridionale te
parle. » The Nation 1865-1990,
Katrina Vanden Heuvel, Éditrice, p. 214.
En secret, tout le long de l'histoire, des maîtres d’armes et de paix se sont chamaillés notre tout : talents, croyances, corps, richesses, postérité, santé d’esprit et saint esprit. Les premiers ont voulu nous protéger militairement de l'Autre et se protéger de nous ; les seconds, nous faire accepter l'Autre et nous-mêmes en paix.
Tu trouveras cette même concurrence entre les partisans de la paix et ceux d'armes, que ce soit parmi les blancs et les noirs ; les Chinois, Argentins, Nouvelle Zélandais ou Groenlandais ; parmi capitalistes, communistes, socialistes ou fascistes (progressistes ou réactionnaires) ; athées, agnostiques, déistes, chrétiens, musulmans, païens ou bouddhistes (fondamentalistes ou œcuméniques) ; autant parmi des habitants de la jungle, maniant une technologie lithique, que parmi des résidents de gratte-ciel munis de technologies informatiques.
Aucune différence quant à cette concurrence universelle : personne ne se porte mieux ni n'en est immunisé. Certainement pas moi, pas toi ni le pape ni le Dallai Lama, en dépit de nos préjugés nous menant au démenti.
Est-ce parfaitement compris ?
Leur rivalité scinde toutes les tranches sociétales qui nous sont familières : âge, sexe, race, classe, religion, idéologie, géographie et politique : des simples étalages n'ayant jusque là parvenu qu’à nous distraire de notre tâche principale : réaliser la paix au monde, une fois pour toutes.
La dialectique d’armes et de paix règle notre dialogue politique à travers un rigide coordonné cartésien. Nous tous devons communiquer à langue bifurquée, comme le doivent nos États-nations. Ces deux lames – l’une guidée par des maîtres d'armes, l'autre par ceux paisibles – partagent trois particularités. Elles sont, toutes deux :
· dialectiques : parallèles le long de l'axe de la compréhension ;
· antithétiques : perpendiculaires aux croyances de l’autre ; et
· antinomiques : contredisant directement les méthodes et résultats de l’autre.
Ce galimatias en langue bifurquée et trois fois nouée a induit l’antinomie d’armes et de paix : le désaccord absolu entre nos méthodes, aspirations et résultats.
Permets-moi de t’offrir un exemple ; il en existe une profusion et tu pourras facilement trouver d’autres, une fois l’astuce comprise. Mon exemple sera l’expression « utopie. »
Le long de l’axe primaire dialectique, L'Utopie, c’est le livre classique dont l'auteur, Thomas More, décrit un ordre social « parfait. » Chacun convient que son utopie ne concerne aucune circonstance actuelle, n'est pas un précis historique et ne sera jamais praticable dans l'avenir. Quel modèle impeccable ! Voici toutefois le plus proche que la plupart des fidèles de l’ère des lumières se défient d’approcher au monde paisible. Il y a une poignée de textes subséquents, pareillement obscurs et mal réfléchis.
Autant conviennent les réactionnaires et les progressistes anglo-saxons que ce pauvre assemblage de mots doit être toute la documentation requise pour énoncer les mérites de la mentalité d'armes vis-à-vis celle paisible. Autant vaudrait naviguer les Alpes à l’aide d’une carte de Pangée.
Si cela t’intéresse, Lewis Mumford résume en anglais, dans les 150 premiers pages de son livre, L'histoire des utopies, environ une vingtaine de textes principaux dans ce genre, figurant quelques milliers de pages. Ne me demande pas ce qu'il entendait communiquer dans la seconde moitié.
Pas mal, jusque-là. Du moins le long de l’axe dialectique, tous peuvent convenir que leurs mots auront le même sens.
Le long du second axe antithétique, l’expression « utopie » signifie pour les maîtres d'armes : « ce (cet endroit) qui ne peut jamais être. » L'utopie est une de leurs lectures de référence favorites. Enseigné dans toutes les moyennes et hautes écoles anglo-saxonnes, ce livre confirme leur conviction fondamentale de l’impossibilité d’une commune paisible et bienveillante. Quant aux maîtres paisibles, L'Utopie, c'est leur spéculation bornée qu’une meilleure paix serait praticable. Selon eux, l'utopie signifie « ce (cet endroit) n'étant pas, mais qui pourrait être. »
Ne me demande pas pourquoi les progressistes n’ont jamais diffusé une demi-centaine de livres supérieurs depuis. Leur refus peut être attribué à diverses raisons : subordination lâche aux maîtres d'armes, manque d'imagination, satisfaction subconsciente avec le statu quo sinon peut-être simple inertie mentale. Leur ultime raison reste au-delà de ma maigre compréhension de l’acquiescement au mal.
Constate l’arrangement de ces deux structures de croyance : l’un à l’angle droit de l’autre mais comprenant la même terminologie en parallèle.
Le long du troisième axe antinomique, des maîtres d'armes se servent de l’adjectif utopiste presque comme une clause adverbiale : comme si voulant dire « jamais de la vie ! » Toute idée marquée utopiste peut être rejetée par réflexe sans dispute ni pensée subséquente. Les maîtres paisibles en prêtent pour décrire un arrangement social qui prévoirait l’amélioration de la réalité courante, sinon valide et pratique. En d'autres mots, la version paisible de l'utopie signifie un bien à poursuivre alors que celle d'armes, une horreur à éviter comme la peste : non seulement inutile mais en quelque sorte toxique.
Ainsi, le long de l’axe antinomique, l’ultime intention des deux côtés semble précisément orientée dans le sens opposé de l’autre. Ce n’est plus une conversation mais un tir à la ligne.
De nos jours, la mentalité d'armes domine nos propos, arguments et intentions tout aussi bien que sa technologie domine notre vie matérielle. Nous tentons de survivre en paix nonobstant cette dominance universelle.
Nous nous devons de clarifier cette antinomie. Notre synchronisation de sens, de définitions et d'intentions – et la lumière qu'elle pourrait jeter sur à nos propos publics – nous promettent sécurité, abondance et camaraderie surpassant notre entendement.
Nos institutions et cultures retiennent des vestiges de paix à nous de cultiver et des notions dominantes d'armes à rendre en vestige. Jusqu'à ce que nous ayons clarifié ces idées, elles seront également suspectes (nos favorites incluses) et valides (y compris celles les plus dédaignées.) Ce texte remet en cause des idées que j’estime les plus propices et marginalise les restants.
Le texte ci-dessous subdivise en quatre mots pairs l’antinomie d’armes et de paix :
· la mentalité d'armes ;
· la technologie d'armes ;
· la mentalité paisible ; et
· la technologie paisible.
La mentalité d'armes dépend de la crainte et la crainte dispose de notre monde.
« …
[L'historien anglais, Thomas] Carlyle dit que le grand élément manquant de
notre tentative de pénétrer le passé, c’est La Crainte ; il s'est chargé de la
reconstituer et y réussit extraordinairement bien. Sa syntaxe est conçue pour incarner une distraite recherche à
tâtons de certitudes embrumées de rumeurs et d’événements au mieux à
mi-compris, accablée d’humeurs d'inquiétude aiguë, de fureur et d'exaltation
parfois périlleuse. » John Burrow,
A History of Histories: Epic, Chronicles, Romances and Inquiries from
Herodotus and Thucydides to the Twentieth Century, (Une histoire d’histoires :
Épopée, chronicités, romances et enquêtes depuis Hérodote et Thucydide jusqu'au
20e siècle), Alfred A. Knopf, New York, 2008, page 362.
Afin de protéger leurs adhérents d'une crainte accablante, les directeurs d'armes développent des forces de menace dissuasives qu’ils présument si atroces que personne n'oserait les défier. Hélas, la terre en armes décrète ce défi : « La meilleure défense, c’est une bonne offensive. » Et la mort agonisante d’aucuns n’a jamais dissuadé personne de n’importe quoi ; elle a simplement offert aux psychopathes régionaux un divertissement momentané.
Nous éviterons dans ce texte telles expressions bornées que la mentalité de guerre ou celle guerrière. La mentalité de la guerre se compare à celle d'armes comme la fureur de la route à la conduite défensive. Ni le directeur d'arme ni le chauffeur défensif ne souhaite encourir une collision. Si toutefois un accident se produit, c’est que les choses se sont échappées de leur contrôle. De façon plus ou moins réaliste, ils supposent que leurs efforts leur permettront d’esquiver ce choc.
Rarement emploierons-nous des expressions telles que « militarisme » ou « fascisme » pour remplacer « la mentalité d'armes. » Celle-ci est beaucoup plus répandue et subtile ; elle se prolifère dans les démocraties dites libres avec autant de sauvagerie qu'au travers des dictatures. En effet, le citoyen libre appartenant à une république libre est meilleur technicien d’armes que l’esclave d'une dictature, et le peuple qui se déclare amateur de paix, gère mieux ses mises à mort que celui chantant pour un sang étranger.
Si tu te prétends amant de la paix – pur au-delà du reproche quoique tu n’aies jamais pris la peine d’assortir tes préjudices d'armes et de paix – tu n’es réellement qu’un sympathisant (ou collaborateur) d’armes et qu'un autre pilier de leur statu quo.
Comme des ivrognes désavouant leur addiction, nous empirons la mentalité d'armes en y niant notre penchant.
La mentalité d'armes impose sciemment des déformations sociales : pauvreté, hiérarchie inflexible, injustice, inégalité, sous-emploi, criminalité consolidée, mauvaise éducation, malnutrition, arrogance professionnelle : cette liste des déformations sociales s’étend d’une tristesse sans fin. On les confond avec une fâcheuse combinaison de stupidité, bigoterie, folie, avarice, crime, erreur et mésaventure honnête ; ne parvenant jamais à croire qu’elles seraient faites exprès pour parvenir aux buts de la mentalité d'armes.
Les réformateurs sociaux s’estiment capables d’améliorer les affaires de manière réductive, graduellement et par incréments : problème par problème, identité politique par politique d’identité et question par question. Ils ont échoué à cette besogne depuis cinq millénaires, usant des mêmes méthodes éparpillées et raisonnements réductifs.
La seule solution de ce problème serait l’unité d'intention holistique, globale et simultanée de la mentalité paisible – convenue au préalable par presque tous – suivi d'une cascade de solutions réductrices de petite envergure. Nulle réussite soutenue dans l'ordre opposé puisque chaque petite réforme sera paralysée par la force prévenante, holistique, simultanée et globale de la mentalité d’armes à présent prisée.
Toute société, n'importe laquelle, se mesure à une constellation de métaphores politiques que ses membres s'accordent en commun. La nôtre est farcie de mythes d'armes. De nombreuses politiques collectives et croyances religieuses, légales et morales constituent la mythologie d'armes : des rationalisations populaires pour nos pratiques et institutions les moins admissibles. Puisque les valeurs de base de la mentalité d'armes sont insensées selon quiconque aurait la moindre compréhension de la paix et amour pour elle, les maîtres d'armes doivent imposer leurs propres vocabulaire et syntaxe mythiques et bien immunisés contre la critique raisonnable provenant de ceux paisibles.
Pour permettre aux directeurs d'armes de réussir, tout ce leur est nécessaire, c’est qu’ils fiabilisent leur incompétence à la paix. La seule technologie à laquelle ils doivent exceller est celle militaire (impitoyablement évaluée au champ de bataille par la sélection darwinienne) ; tous les autres champs d'application peuvent être entretenus avec incompétence relative et tout de même satisfaire leurs conditions. Dans ces limites, le moins bien qu’ils pratiquent la paix, le mieux réussiront-ils en guerre. Les techniciens d'armes règnent parce qu'il est beaucoup moins âpre d'échouer à la paix et triompher en guerre, que réussir la paix et perdre la guerre.
Voici un refrain familier de la part des maîtres d'armes : « Tu n’es pas payé pour penser à ça ; nous le sommes. »
XXXLes prolétariens d'information sont asservis par leur privation de données valides. Celles de rebut leur étant servies bien chaudes au jour le jour, maintiennent leur condition servile. Nous tombons ici d'ordinaire, toi et moi. Dans d'autres cas, notre fidélité miroite entre ces métagroupes plutôt comme des quanta d'énergie en orbite autour d'un atome grand comme la terre.
Tant que ces prolétariens d'info s’instruisent, travaillent et jouent ensemble, ils créent de la richesse en se soutenant eux-mêmes et leurs proches. Des groupes beaucoup plus restreints, appelés élites d’information, saisissent la majeure partie de cette richesse au nom de la sécurité militaire, défrayant ainsi les coûts anti-profit de leurs technologies d'armes.
Ces coûts dépassent de loin les simples montants d’armes et de soldats en temps de paix, loin s’en faut. En comparant la performance économique d’une véritable communauté paisible à celle d’une communauté d’armes, la juste mesure serait entre la richesse de Genève et celle de Mogadiscio, sinon l’athlétisme d’un coureur olympique parcourant en pleine forme sa course favorite, comparé à celle d’un soldat blessé traînant vers l’arrière le corps de son meilleur copain.
J’ai sérieusement envisagé d’adopter les expressions élite d'opinion et prolétariat d'opinion afin de souligner la nature éphémère de ces préjugées et le manque paradoxal de mérite de la part de l’élite. Cette élite d'opinion estime ses préjudices supérieurs à ceux du restant du monde ; les prolétariens d'opinion se sont convaincus que leurs préférences sont secondaires à celles de l’élite d'opinion. Bien encadrée dans les médias et les écoles, elle approuve avidement de leur complexe d'infériorité.
Ce pourrait être la raison principale que la majorité écrasante des progressistes (à base de raison) ne surpasse jamais une minorité dérisoire de gérants d'armes (basés sans flétrissure sur la contrevérité des sociopathes.) Ça, puis l’instinct réflexif des réactionnaires se croyant sérieusement confrontés : de massacrer et torturer des gens choisies en contingence – j’allais l’oublier ! – sinon dans les caveaux de la police secrète lors de chômage massif, sinon dans les tranchées d’une guerre fabriquée de toutes pièces pour cette seule raison, sinon les deux en série pour autant de fois que sembleront nécessaires pour renouveler la soumission taciturne du prolétariat.
Les élites d'information et les directeurs d’armes sont interchangeables entre divers États, nations, affiliations religieuses et organes politiques ; elles incluent nos gouverneurs, leur personnel, les ouvriers médiatiques, les juges, professeurs, prêtres, politiciens et d’autres cadres influents de mésinformation et e désinformation―soit qu’ils sachent ce qu’ils entreprennent et pourquoi. Ils se croient supérieurs à leurs hôtes prolétariens dont ils ressortent et dépendent, ainsi qu’un petit précoce dédaignerait ses humbles gardiens.
Les prolétariens d'info ont d’abord choisi leurs élites parmi eux-mêmes ; elles ont par la suite promu leurs remplaçants depuis le prolétariat d'info. Aucune différence si cette sélection s'effectua par privilège princier, élection démocratique, hiérarchie religieuse, nomination soviétique, baronnie du vol ou autre méthode ; ni plus si la scène politique était un kraal de huttes en boue, un puant baronnât féodal ou un empire militaro-industriel, transcontinental et multiethnique ; soit que ces directeurs d'armes étaient asservis ou libres, séculiers ou religieux, centralisés ou orientés au profit, plèbes ou nobles, criminels ou autorisés, professionnels ou amateurs. D’identiques élites d'armes ont émergé de toute façon, disposant d’une ressemblance remarquable quant à leurs mentalité, attitude et comportement réflexif. Leurs propos ont pu changer avec le temps et selon les circonstances -- de façon arbitraire, manipulatrice et préjudiciable -- mais leur comportement fondamental, jamais. Sauf, peut-être, pour l’honneur…
Les Apprentis doivent surtout faire appel à l’honneur guerrier : celui de mon père, de tout bon guerrier, le décrassant. Les bons guerriers reconnaîtront automatiquement l’honneur et le défendront contre quiconque assez dément pour ne pas l’admettre : si fatal soit-il. Cet honneur inspirera le monde en paix et le protégera farouchement ensuite ; lui et l’Apprentissage doivent s’unir. Après tout, on apprend l’honneur.
L’élite d’information convainc son prolétariat de la supériorité de son idéal d'armes (un mensonge transparent.) Elle se sert de :
· maîtres, menteurs ou mentors d'armes afin d'énoncer cette fabrication pendant la pseudo paix, et de
· sectaires d’armes pour l’annoncer plus vigoureusement quand advient la guerre.
L’élite d’information n'est pas plus clairvoyante que le prolétariat d’information dont elle ressort ; ses membres favorisent tout simplement la mentalité d'armes et eux-mêmes dans le moins distant, en censurant des données importantes et noyant cette censure sous des raz-de-marée de rumeurs et de mensonges. Seront marginalisés tous ceux assez éclairés et consciencieux pour disputer cet arrangement absurde.
Ce triage « au nom de l’obéissance et la loyauté » rendra encore plus stupide, de façon collective et automatique, ceux élus (et auto-élus) au pouvoir. L’ayant détenu pendant un certain temps, ces élites d'armes chavireront sur les écueils acérés de leurs contradictions sociales ; il est très prévisible qu’elles se plongeront en cruautés rituelles, terreurs institutionnelles et corruptions de routine (voir La stupidité rituelle.)
Les élites d’information peuvent pratiquer une de trois sortes de politiques d’information : les deux premières simplifiant le contenu d’information ; la troisième, le rendant davantage complexe. Les transitions entre ces catégories sont graduelles et flexibles – aussi bien capables d’aller en avant qu’en arrière – non nécessairement catégoriques, abruptes ni progressives.
1. Les élites (ou politiciens) de mésinformation annoncent autant de mensonges que possible. Ce comportement s’accorde aux tyrans anciens et modernes. À la longue, tout n’étant pas une vérité interdite devient un mensonge obligatoire. La politique de mésinformation crée des systèmes de gestion du combat qui filent du haut en bas et semblent optimisés pour la guerre. Pense à Staline et Saddam Hussein.
Cela devient plutôt facile de transmettre de la mésinformation et d’en discerner la vérité. Dans la plupart des cas d’une telle politique, l'opposé exact de ce qui est transmis par monologue officiel doit être plus vraisemblable.
Cette politique amplifie l’aliénation paranoïaque, le soupçon et la terreur ; rien n'est tel qu'il semble et l’on ne peut rendre confiance en personne. Sous cette exigence claustrophobe, l'élite d’information s’est réduite à un minimum très restreint puis purgé au-delà. Le dogme de cul-de-sac devient la réalité manifeste, répétée de manière décérébrée de par tous les médias. Plutôt que de manipuler tout simplement l'opinion des masses, les élites de mésinfo font fantaisie qu'elles peuvent transformer la réalité elle-même : comme sur le papier, ainsi en réalité. Elles tuent et terrorisent leurs hôtes prolétaires jusqu'à ce que cette fantaisie remplace le bon sens.
Des gangsters règnent alors que des politiciens, aveuglés par la mésinformation, mènent guerre sainte contre la créativité des Apprentis. La collectivité tourne de sa propre inertie et s’alimente de ses dernières réserves jusqu'à ce que la famine ne s’annonce et la fige. L’ultime résultat ? Des guerres d’agression à l’étranger et le génocide interne pour confirmer la propagande officielle : l’ultime simplification de la réalité publique.
On pourrait évaluer ces élites de mésinformation selon leur dureté. Combien l'élite rend dure la survie de ses prolétariens ? La plus rugueuse cette tyrannie, le plus néfaste sa politique de mésinformation et la plus meurtrière sa technologie d’armes.
Des tyrannies plus douces sont plus riches ; elles remplacent la mésinformation par une politique de désinformation beaucoup plus escarpée.
Alors que mûrit un État d'armes, les insuffisances de sa politique de mésinformation résonnent de plus en plus stridentes. Les mensonges ne rendent que de la richesse volée et son entropie au chaos—la richesse soutenable ne s’accroît que depuis des vérités et la confiance du public dans leur légitimité. Des réformateurs pensifs essayent de tisser quelques brindilles de mentalité paisible – y compris un peu de politique d’info – dans l’osier pourri de la gestion d'armes. Cette conglomération de contradictions ne peut longtemps durer liée ; au lieu trie-t-elle, dans une centrifugeuse des politiques de désinformation, des directeurs corrompus d'armes en contrepartie de leurs dissidents vexés d'armes. Nous voici, régis par…
2. Des élites de désinformation incluent un mélange de prétendus populistes et libéraux, avec un noyau dur de réactionnaires qui retiennent parole finale sur chaque sujet important. Ensemble transmettent-ils leur demi-monologue sans jamais finir à travers d’extensives hiérarchies corporatives, gouvernementales et religieuses. À la différence de la politique de mésinformation, un « feedback » (retour de données) soigneusement contrôlé sera permis en doses minutieuses.
Le mot clé dans la politique de désinformation, c’est « mais. » Comme ainsi : « Nous entendons vos appels à la réforme et sachons que la moralité, la morale militaire et l'efficacité nous dictent de mieux exécuter les affaires, mais … » suit une longue liste de raisons et d'excuses pour que des pratiques inefficaces et immorales demeurent courantes.
« Mais soyez donc plus raisonnables, messieurs dames ! Ce que vous proposez serait impraticable, trop coûteux, soumis aux abus par des voyous, ne s’accorderait pas avec nos protocoles antiques les plus prisées, etc., etc.… » Dogmes religieux éphémères, charabias idéologiques, distorsions historiques, feuilletons littéraires pour autant vides qu’exquis, publicités commerciales, babillements sportives, violence d’arène, procès d'exposition, drames d'opéra de lessive, données « mathématiques » et conclusions « scientifiques » se prouvant par la suite entièrement erronées : chacun émis par voie de monologue d'autant de sources médiatiques que possible, sans fin, en détail somptueux, en exactitude douloureuse et volume sonore.
Des sujets signifiants sont dissimulés de façon obsédante, par omission coutumière. Cet état de transe se renforce au point de se rendre hypnotique. Autant les promoteurs de désinformation que leurs auditeurs refusent de distinguer leurs tromperies évidentes de la vérité. Les élites de désinfo sont aussi vulnérables à leur propre désinformation que leurs hôtes prolétaires. Des activités destructrices s’accroissent mais la vraie richesse s'évapore.
La populace ignore ses forces et périls les plus imminents en faveur d’élaborations successives de banalités ; elle est facilement convaincue de sa fortune imaginaire quand en réalité au bord de la faillite et vice versa. Les ordonnances publiques rendent vacillantes et arbitraires sans base morale ni idéologique. La gérance s'applique à l'improviste et ses résultats en souffrent.
Il devient de plus en plus facile (bon marché ou gratis) de procurer des informations inutiles et triviales, et plus avantageux de les produire, alors que les informations utiles se rendent de plus en plus difficiles (dispendieuses, laborieuses et « hors profit ») à annoncer et acquérir. Interdite toute croyance sauf celle favorisant le mercantilisme rabique; prohibée par consentement universel et décret populaire, toute foi en autre chose que l’avarice nue et le dogme sénile.
Les élites de désinfo évoluent en mandarinats bouffis. Grâce à la promotion vigoureuse de médiocrités certifiées et d’escrocs bien fondés, des Apprentis doués sont relégués au prolétariat et à l'anéantissement de leur créativité. Ces habitudes de malentendu délibéré, simplification de consensus et médiocrité sociale ne sont renversées que pendant des intervalles de guerre quand de nombreux talents frustrés sont recrutés dans des cadres revitalisés d'armes.
Je me souviens d’avoir vu une photo d’ouvriers quittant un chantier naval américain en fin de journée lors de la deuxième guerre mondiale. Une énorme affiche décorait l’entré : « Faites-nous part de vos meilleures idées ! » Aucune affiche semblable n’aurait embelli une telle usine au même moment dans l'histoire, si entre les guerres.
Tout comme une claque à la figure arrêtera net une crise hystérique, et un profond baiser de même, le trauma de masse est l’usage de routine pour rendre fin à cet état d’illusion. Sans avertir, le désastre et la guerre frappent dur parce que personne ne s’est donné la peine d’envisager au sérieux les questions les plus importantes. Tout le monde se sent consterné quand leurs châteaux de sable croulent simultanément. Ensuite, des élites de désinfo déclarent la guerre : cette tâche plus facile que de favoriser l’abondance et des sentiments supplémentaires de camaraderie. Le meurtre en masse redevient la norme ; trop tard pour adopter une politique d'information paisible, puisque gaspillées la richesse requise et les populations non stressées et sans panique.
Apprentis, d'autre part, voici le bisou.
Rarement, des dissidents paisibles surmontent cette inertie sociale en rapportant la bonne nouvelle que chacun doit partager son Apprentissage équivalent. Pourvu que des élites d'information prêtent attention miraculeuse à cette idée, elles commenceront à la transmettre et se débarrasseront donc de la fonction désuète d’endiguer l’écoulement des donnés. À ce point, les élites et prolétariens d'information s’uniront en une commune de biens (commonwealth) d’information ou d’Apprentis.
3. Les politiciens d'information engendreraient la vérité et les mensonges sur chaque question, sans préjudice ni faveur, afin que des Apprentis s’en rendent compte pour eux-mêmes. Une commune de biens d'Apprentis apparaîtrait à la suite de discours publics sans contrainte et de dialogues étendus entre des jurys d’information se sélectionnant et poursuivant leurs passions sans se soucier de la richesse et du standing, puisque ceux-là leurs seraient dus par droit commun dans cette commune.
De nombreuses narrations qui semblent mensongères ne sont en réalité que des élaborations plus complexes de la vérité. Au moyen de fictions littéraires, d’idéologies neuves, de postulats scolaires, d’inventions, de découvertes et de ré-interprétations du vieux dogme, la vérité déborde parce qu'elle rend toujours plus grand profit dans un milieu paisible. Les gens réévaluent des données parce qu’elles leur semblent plus importantes que des objets façonnés à grand prix et des mythes d’armes.
Prenant cap inverse, des collectivités de mésinformation n'adoptent que d’autres mensonges et terreurs ; la vérité s’y rend la moins rémunératrice car elle te fera sitôt descendre. Un tel choix n’existe plus dans les sociétés de désinformation : là où du bruit blanc noie tous les autres jusqu'à ce que s’abattent en démolition contrôlée les tours jumelles de commerce mondial. On se débrouille ensuite pour reprendre le broutement rassurant de la normalité sournoise. Ainsi expose-t-on son cou au prochain coup de hache et ne parvient jamais à l’écarter.
Dans une politique d'information, des systèmes croissants de communication se rendent plus interactifs, complexes et adaptatifs. Des gens s'engagent dans davantage de dialogues par voie de médias neufs plutôt que de se soumettre au monologue dirigé du haut en bas par une élite prétendue supérieure. Elles sont plus passionnées par leurs sujets d’Apprentissage que par la désinformation triviale que projettent des médias en masse.
La télévision est un média de monologue ainsi que les imprimés, stations radio et pages de la toile non interactives. Reconnais-tu ces pages sans valeur sur l’Internet, d’entreprises corporatives et de bigots de propagande sans lien de Contact ?
Je ne puis bénéficier (ni souffrir, sans doute) de l'interactivité de ce texte avant que tu ne choisisses de m’en rendre compte à travers mon lien email en bas des chapitres d’Apprentis. Entre-temps, je m’occuperai de la frénésie de virus et de spam qui fait foule à ma porte, en attendant l'exceptionnelle réponse constructive (la tienne, peut-être ?) d’Apprentis dignes de ce nom : celle qui ferait valoir tous mes messages en bouteille, autrement infructueux ?
Mitraillé comme je suis de négligence criminelle, reproches vides et attaques sottes, j'ai besoin d'autant d'appuis que vous seriez en mesure de m'expédier. J'en ai déjà reçu quelques-uns (me soutenant de façon allègre ou désespérée) dont je suis infiniment reconnaissant.
L'agora grecque, les réunions d'hôtel de ville, (sans questions rédigées au préalable ; il faut bien ajouter ça, maintenant que les techniciens de désinfo de Bush le Moindre ont arrangé au préalable et de façon routinière les questions et caresses médiatiques) les téléphones et courriers postales et courriels électroniques : tous peuvent servir comme exemples de médias de dialogue.
Il est question de vite satisfaire la formule du fauteuil. Les médias de dialogue peuvent soutenir au moins dix fois plus d’interactions utiles, à travers la même longueur d’onde, que celles de monologue. La somme de ces communications utiles égale à la vraie richesse (divisée par la somme de celles intentionnellement inutiles sinon nuisibles ?) Je parle de dix, de cent, de mille fois plus d’argent comptant disponible à chacun sans inflation.
« Votre intention est noble mais votre appel, mal orienté. Si vous discourez à ces empereurs au sujet
du gain et s’ils arrêtent leurs armées par amour du gain, leurs armées se
réjouiront dans la paix et s’enchanteront du gain. Bientôt, les ministres embrasseront le gain au service de leur
souverain, les fils embrasseront le gain au service de leur père, les frères
cadets embrasseront le gain au service de leur frère aîné, et tous auront
abandonné l'humanité et le devoir.
Quand ces rapports deviendront une question de gain, la nation sera
condamnée à la ruine.
« Mais
si vous discourez aux empereurs au sujet de l'humanité et du devoir, et qu’ils
arrêtent leurs armées par amour de l'humanité et du devoir, leurs armées se
réjouiront dans la paix et s’enchanteront dans l'humanité et le devoir. Bientôt les ministres embrasseront
l'humanité et le devoir au service de leur souverain, les fils embrasseront
l'humanité et le devoir au service de leur père, les frères cadets embrasseront
l'humanité et le devoir au service de leur frère aîné, et tous auront abandonné
le gain.
« Quand
ces rapports deviendront une question d'humanité et de devoir, alors le
souverain s’assurera d'être un vrai empereur.
Or, pourquoi invoquer le gain ? » Mengzi [Mong-Tseu, Mencius] traduit en anglais par David Hinton, Counterpoint,
Washington, D.C., 1998, p. 219. (Suite)
Il nous appartient de créer une massive agora virtuelle de dialogue politique sillonnant le monde entier. La toile globale est un prototype de celle d’Apprentis ; à tel point qu’elle s’étende, nous aurons de la veine.
Des (rarissimes) communautés mûres, jouissant d’insignifiantes menaces extérieures et d’un bon nombre de richesses en surplus, permettront aux Apprentis de rendre plus complexe la politique d’info.
Quand la complexité induit plus de turbulence, elle risque d’éclater les digues de conventions sociales conçues pour la contenir et régler. Pour cette raison, les politiciens d’information doivent renouveler des habitudes de communication et des terminologies plus raffinées; autrement, le hurlement de plus en plus strident de débats rendus chaotiques risque de se dégrader à nouveau en une politique de mésinformation.
La tentation la plus récente des élites d'info, de censurer l'Internet du haut en bas, et des prolétariens d’info, de l'estropier de fond en comble (au moyen de virus, « hacking » flammes, « Spam » et d'autres sortes salissantes d'info)—ce n’est que le démenti pathétique d’un univers de données en croissance. Pense à un bébé atteint d’une colique et refusant ses haricots. Des individus et groupes déconcertés tentent à nouveau de simplifier leur vie en corrompant les complications les plus récentes qu’ils considèrent vulnérables à leurs abus. Pauvres minables !
Dans leur poursuite d'abondance, des praticiens avancés de la politique de désinformation ont tendance à se désarmer à l’unilatérale, invitant ainsi des excès d'agression militaire.
D’autres communautés historiques ont évolué jusqu’aux politiques d’info, mais ont été détruites manu militari et ont disparu de nos écrits historiques. Des sociétés bourgeonnantes de paix furent annihilées et rendues « préhistoriques » parce que leurs contrôleurs altissimes favorisèrent richesse et paix internes alors que des étrangers affamés restaient en dehors : irrités, jaloux et combatifs.
On pourrait noter cette tendance aux États-Unis, là où des pertes militaires étaient jadis du poison politique. Cette aversion publique aux pertes militaires en particulier et au militarisme en général tente des étrangers agressifs et des militaristes internes à infliger de pires ravages. Dès lors que leurs assauts se rendent mieux coordonnés, donc plus audacieux et destructifs, les survivants réintégrent la politique de mésinformation et sa tyrannie plus manifeste d’armes : des options tentantes sur cette terre en armes trop militarisée où la panique réflexive remplace presque automatiquement le bon sens.
La technologie d'armes comprend le matériel de guerre (hardware : quincaillerie ; software : logiciel ; wetware : sérum charnier) ; elle inclut les forces militaires, (techniciens d'armes) récolteurs de données stratégiques, agents de sécurité nationale et de police secrète, industriels d'armes, ouvriers d’armes, leurs usines et les énormes arsenaux eux-mêmes. À ce moment, il y a une arme individuelle à feu (à vrai dire, une hargne) pour tous les dix habitants au monde, et deux balles fabriquées chaque année pour chacun d’eux. Pourvu que la première n’ai raté.
Afin de mieux dissimuler leurs nombreux échecs de gérance, (puisqu’ils sont par définition les pires gérants de paix) les directeurs d'armes condamnent tous et tout : indigents, femmes, non hétérosexuels, enfants, progressistes, minoritaires ethniques/religieux, migrants et immigrés, mythe primordial, la nature humaine et la nature elle-même. Les plus sophistiqués des réactionnaires d'armes recrutent leurs postulants depuis des minorités maltraitées ; ainsi rendent-ils honneur formel au pluralisme tout en stimulant l'abus social.
« Le
plus qu’une société est constituée avec justice et la plus excellente sa forme
politique, le plus la guerre [la mentalité d’armes] menace d'affaiblir ses
institutions et de les pervertir. Il
est aussi vrai que la meilleure forme de gouvernement soit celle la moins bien
adaptée aux exigences de la guerre. » Comment penser de la guerre et de
la paix, Mortimer J. Adler, Simon et Schuster, New York, 1944, p 42.
Les directeurs d'armes comptent sur des élites de bataille (environ 10% des techniciens d’armes) afin d'effectuer le lot du chacal de leurs plus sales besognes. Officiers éduqués sinon soldats esclaves : aucune importance. À mi-endommagées génétiquement et à mi les produits de craintes de négligence et d’abus d'enfance, ces élites de bataille prospèrent des deux côtés des champs de bataille, zones d’émeute, barreaux de geôle et fils de fer Belsen.
Les neuf dixièmes restants de ces techniciens d’armes ? Ils ne servent aux élites de bataille qu’en tant qu’appuis de logistique et de morale militaire de leur côté, et comme proies faciles, de l’autre ; aussi comme multiplieurs de puissance de feu (artilleurs et tels) des deux côtés. Que ce soit en guerre ou en paix, les élites de bataille font la casse et les restants la subissent.
Les élites de bataille ne peuvent maîtriser leur agression : ce qui les rend en capitaux indispensables au champ de bataille et en bourdons onéreux partout ailleurs. Nous tous partageons quelques traits d’élite de bataille, bien que la plupart d’entre nous gardons les nôtres sous stricte péremption. Appelle cela de bonnes manières, bon goût, conscience morale, civilité, délicatesse, décadence sinon simple poltronnerie. On est majoritairement incapable de prospérer sur un champ de bataille ou en bagarre de taverne, comme le sont bien rompues les élites de bataille.
Il me semble que j’ai fait un singulier vœu karmique à quelqu'un qui doit m’être fort influent. J'ai promis de ne tuer ni de torturer plus personne, si possible, cette tournée de ronde. Au lieu, j’ai consacré cette vie à la polémique du monde paisible. Étais-je génocide d'élite lors d’autres incarnations ? Voici le probable. Je n’en suis pas fier, bien au contraire. Quelle opportunité gaspillée pour ma méchanceté d’occasion et quel sillon rocheux à houer à sa place ! Le massacre aveugle serait si aisé ! Il n’y aurait aucune limite, (avec sept milliards de cibles vives) jusqu'à ce qu’elles toutes fussent catapultées dans l’abattoir. Le génocide est subventionné de façon fantasque sur cette planète―rendant satisfaction immédiate aux maraudeurs sincères.
Quant à prédiquer pour la paix, je me souhaite bonne chance devant cet auguste assemblé. Et vous demande humblement pardon de cet abus, chers lecteurs chères lectrices, si vous vous considérez déjà d’honnêtes Apprentis.
On peut trancher ces élites de bataille en deux groupes :
· la sale douzaine de guerriers nés, bandits armés, brutes et bannis sociaux qui surmontent d’ordinaire leur agression au moyen de la maturité et de tendresses proprement appliquées.
· le sous-groupe Himmler : comprenant d'habitude des civils, parents, conjoints, voisins et administrateurs en apparence bons et très souvent des lâches brillants. Charmants et séduisants pour autant qu’ils le veulent, ils ne songent qu’à ravager ce monde d’Autres qu’ils ont appris à mépriser. Ils cherchent les plus hauts paliers du pouvoir afin de s’en sortir d’autant de mutilations que possible, protégés par leur rang.
Ainsi qu'un requin maintient des rangées de dents en réserve, les prolétariens d'info soutiennent des proto-elites d’info, zélées à renverser l'élite courante. Ces proto-élites font partie d’un mélange de commis, d’étudiants et de subalternes ambitieux : recrutés par les autorités ou pas mais se discordant secrètement d'elles. Ces rebelles frustrés ne se coalisent que de manière maladroite, une fois que leur élite ait atteint un taux maximal d'échecs.
Eric Hoffer analyse les proto-élites chefs dans son texte, Le vrai croyant. Malencontreusement se livre-t-il à la pénible habitude de réductionnisme biographique : simplifiant des mouvements sociaux globaux à un recensement des idiosyncrasies de leur chef.
Hérodote et beaucoup d'autres historiens et journalistes depuis ont qualifié l'histoire et les actualités comme des cultes de personnalité. Tout eut lieu parce qu'un certain gringalet et ses compagnons, officiellement désignés chefs, se sont arrangés pour que ces événements se déroulent précisément selon leur prévision.
« A
partir de la mi-4e siècle, il y eut un grand corpus littéraire Grec
bien connu mais dépourvu d'un nom convenable―pas encore appelé Historia
mais décrit plutôt comme « l’écriture des actions de guerre » sinon
« l'enquête des actes de guerre » incluant Hérodote, Thucydide et
quelques continuations de Thucydide : l’ensemble sous le titre d’Hellenica
(les affaires de Grèce) (le seul en survie, celui de Xénophon) et les récits
des Grecs occidentaux, d’écrivains disparus de Syracuse : Antiochos et
Philistos, sous le titre de Sicelica (les affaires de Sicile.) Cela allait de soi que cette littérature
était la source du savoir-faire de guerre ou de diplomatie sinon des relations
Étatiques…
« De
quoi, quant aux historiens ? Le 5e
siècle nous a rendu deux styles narratifs majeurs : l’épique linéaire
d’Hérodote et l’antithétique style réaliste de Thucydide, associés aux deux
conceptions divergentes du monde : l’encomiastique monde d'Hérodote de
l'exploit moral et de la loi cosmique, à l’encontre de l’ironie et du
pessimisme Thucydidiens… » Doyne
Dawson, The Origins of Western Warfare:
Militarism and Morality in the Ancient World, (Les origines de la guerre
occidentale : Le militarisme et la moralité dans l’ancien monde),
Westview Press, Boulder, Colorado, 1996, p. 95.
Voici des histoires aussi vraisemblables que celle qui suit : je conduis ma voiture et suis absolument en charge. Je vais donc m’arranger pour renverser chaque voiture dans le fracas d’une centaine sur une autoroute embrumée, dans des fentes soigneusement planifiées d’avance, et vais donc m'assurer que la mienne et celles suivantes sortiront de l'autre côté sans une éraflure. C’est sûr, copain, cela pourrait bien se produire.
Bien que cela serait un problème plutôt simple, comparé à la gestion d’un pays entier. Voir la section gérance dans le chapitre « Politiques d’identité. »
Après des millénaires de dissidence écrasée, les organisations dites réformistes se sont désespérément balkanisées : c’est à dire hachées en miettes et donc rendues inopérantes. Beaucoup d’activistes sociaux aggravent leur manque de pouvoir au moyen de drames vides, d’ostracisme mutuel, d’intérêt particulier à s’entre quereller, de petites réprobations privées et de puritanisme idéologique. Ainsi ont-ils permis aux élites d'armes – beaucoup plus pragmatiques, disciplinés et cohésives, elles – de les battre en détail.
Rejetant la transformation holistique, ces dissidents d'armes optent pour couper sans jamais finir des cheveux en quatre, compromis moral et désespoir fondamental. Indifférents à une paix incontestable et au vrai progrès qu'ils considèrent au-delà de leur prise, ils se rangent sagement en une « opposition loyale. » Ils sont émotionnellement investis dans leur résistance allusive à l’encontre d’un État d'armes qui se renforce au moyen de leur opposition dérisoire. Tant pis pour celui qui mettrait en question leur hétérodoxie conforme !
Rappelle-toi que des haltérophiles poussent et tirent leurs muscles comme du nougat, contre résistance. Plus ou moins de la même manière, les États d'armes exploitent leur dissidents d'armes. Ainsi les propos en chicane du dissident moyen d'armes rendent plus fort, plus subtil et moins vulnérable son État d'armes.
Un mouvement de paix en percé réussit de temps en temps à dissoudre son État d'armes. Cette relaxation unilatérale dans la technologie d'armes sera d'habitude mortelle pour la société impliquée, étant donné l’entourage d’étrangers mieux armés. Le succès dans la paix n’a donc jamais été encouragé. L'activisme communautaire à la mode courante résulte de l’inefficacité cumulative de milliers d'années de dissidence d'armes : en effet, d’efficacité inverse.
Ma boîte à lettres éclate sous un déluge de sollicitations se concurrençant pour ma petite contribution charitable : chaque appel plus déchirant que ses précédents. Elles ne me demandent qu’un chèque qui disparaîtra, comme si par magie, avec la promesse de soutenir une cause digne, probablement dans l’achat de sollicitations supplémentaires.
Par contre, nos institutions passent nos pochettes à l'aspirateur afin de déployer les moyens, justifier les motifs et développer les opportunités du meurtre en masse. Bénéficiant de milliers d'années de propagande réussie, ces directeurs d'armes raisonnent avec holisme et entreprennent des projets monolithiques ; leurs transactions et dépenses internationales sont universelles, prodigues, pseudo volontaires et plutôt indépendantes d'influences extérieures.
Comme lors de la guerre franco-prusse, les gérants des deux côtés ont plus en commun, au cours de leur pas de deux fatal, qu’avec leur propre prolétariat d’info bien aligné pour le massacre. Si l’on dispute leurs buts, on sera marqué de façon machinale comme le membre d’une minorité marginalisée, insignifiante et sans voix (par définition et non par nombres.) Aucune différence combien nombreux nous serions ni combien fins nos propos, grâce à notre incohérence historique et paralysie hystérique.
Grâce à des milliers d'années de défaite en série, de rejet et de balkanisation, et de temps en temps des succès rares et absolument fatals, le dissident moyen d'armes s’est rendu séparatiste, élitiste, plus saint que toi, avare, exclusif, réducteur et atomiste ; il se satisfait de liaisons rituelles dans l’adversité, d’indulgences égoïstes et de désespoir existentiel. Ainsi célébrons-nous notre longue tradition de défaite. En fait, on préférerait que cela demeure ainsi indéfiniment, ayant plutôt peur d’une vraie saisie de pouvoir transformationnel. Cette perspective m'effraie de même. Et alors ? Comme si l’on avait d’autre choix qu'une transformation réussie à ce moment dans l’histoire !
Ainsi, d’heure en heure, les médias annoncent des nouveaux triomphes d'armes et de nouvelles tragédies de paix. Les progressistes ne peuvent espérer maîtriser le fleuve principal de la politique avant qu'ils ne se rassemblent autour d'une plate-forme hypercomplexe de réformes inclusives, coopératives et mutuelles ; en d'autres mots, jusqu'à qu'ils ne maximisent l’Apprentissage au monde entier.
Quelque texte, celui-ci peut-être ou un autre, préférable ? pourrait catapulter au pouvoir mondial ses adhérents internationaux, interethniques et de tout âge, sexe, classe et désignation. Cela pourrait se prouver beaucoup plus facile qu’on ne l’envisage couramment. Comme l'exposition d’autres vérités cachées, ce ne serait qu'une question de temps et de nombres : le temps requis pour développer la compréhension collective et le nombre de ceux qui auront compris.
Comme un vampire exposé au plein jour, la mentalité d'armes ne peut endurer la pleine vérité.
Cette transition pourrait être aussi mal prévue, fulgurante et exhaustive que la perestroïka l’était en U.R.S.S. Les gérants contemporains – se trouvant les mains vides, dépourvus d’idée et rendus au silence par l’épuisement « d’inépuisables » sources d’énergie et structures orthodoxes du pouvoir – pourraient abandonner leurs bureaux spontanément et simultanément. Dans l’absence d’un cadre organisationnel comparable à celui d’Apprentis, cette transition pourrait tourner démolisseuse terrible—en simple, la mafia s’emparera du monde entier, et toutes les horreurs politiques que tu craignais le pis se dérouleront comme un rouage d’horloge. Cela te ramène aux actualités ?
Des idéologues indépendants et polémistes anonymes bossent dur à cette entreprise, chacun y apportant ses perspicacités et talents distincts. Nous ne trouvons, dans la plupart des cas, aucun forum adéquat où exposer nos idées, surtout parmi les dissidents d'armes. Paradoxalement, ceux-ci sont plus fermés aux nouvelles idées que les gérants d’armes. À contrecœur mais assurément, ces autres adopteront des perfectionnements de leur gérance robuste et confiante d’elle-même. Le terrain branlant que les progressistes doivent négocier leur interdit pareille ouverture d’esprit, sauf après avoir changé d’avis. Que ces dissidents se le changent et permettent aux meilleures de nos pensées d’être entendues, sérieusement méditées et retransmises ! À la différence des actualités.
Tandis que la civilisation se polarise entre des minorités luxurieuses et des majorités de plus en plus agitées, tandis que la raison et les droits se dérobent du discours public, l'avarice crue devient l’arbitre final de plus en plus de décisions politiques. Mais même sa sournoiserie doit trouver place légitime. Des coopératives de plénitude bien réglées feront bon accueil à l'entreprise privée : source illimitée d'innovations et de leur abondance, pourvue que chaque citoyen soit fourni entre-temps de bénéfices égaux de base.
En dépit de leurs privilèges excessifs, ces élites d'info ont été aussi vulnérables aux données erronées – autant de leur provenance qu’ailleurs – que leurs prolétariens. Afin de se pourvoir de bénéfices fiables, (contrastant aux avantages rachitiques qu’elles doivent sauvegarder le revolver au poing) elles doivent trouver des nouveaux moyens d'engendrer richesse soutenable et adopter des rituels inoffensifs capables de réorienter l’agression craintive, la diligence destructrice et les idées pernicieuses.
Parmi les dispositifs dont se servent des élites d'info pour aménager leurs partisans, l'avarice n’obtient seconde place qu’à la crainte. Les Apprentis ne les inciteront pas à abandonner leurs conspirations d'avarice, avant que leurs vocabulaire et buts ne parviennent à déjouer l’avarice hystérique. La doctrine d’Apprentis doit être imperméable aux préjudices, à la cupidité et à la panique. Un plan ou une série de plans doivent être développés, avec lesquels la plupart choisirait de coopérer parce qu'ils y trouvent meilleur moyen de s’avantager en coopération, (sinon simplement survivre) soit leur lieu d’origine et standing actuel.
La croyance est désuète que des gens peuvent être châtiés au point d’un meilleur comportement. Le plus de peines au-delà du minimum nécessaire, le plus de résistance de façon machinale. Il n’y a que des directeurs d'armes qui profiteraient d’une chute en vrille de contrainte et de défi.
« …Le
primitif reconnaît sagement que l'homme prospère n'est pas celui qui s’accumule
profusion mais qui en redonne le plus ; que d’être riche, c’est se priver
de richesse. Cette sagesse devient ardue
dans un contexte de cheptels néolithiques et de surplus agricole. Avec l'invention citadine de l’argent
liquide, on est en danger de la perdre entièrement. Est-ce que le comptant, puisque incorruptible, pourrait être
amassé sans risquer de corrompre son propriétaire, à la différence de la merde
dont elle évolua symboliquement ?
Est-ce qu’une culture endurcie pourrait déjouer ainsi ses origines
modestes et les bornes qu’elles imposent ?
« Probablement
pas. Le tas originel de pierres
proclame pieusement l'espoir qu’en se recueillant ensemble, on pourrait établir
quelque chose de durablement humain.
Quand celui-là est remplacé par des tas de pièces d’or sécrétés dans la
trésorerie du riche, cette culture est presque certainement dans
l'embarras. Ce tas de pièces d'or,
c’est un essaim congelé et fixe.
L'homme riche, bien que d'apparence post-magique, sera tenté de fétichiser
cet essaim, croire en secret que sa possession le transformerait, par alchimie,
de la bassesse humaine en une pureté impérissable. Dans ce cas, il aura contourné ses entrailles … Ainsi le
culte du lucre dégoûtant n'est pas, comme le suppose tant de monde, le culte de
la merde mais son démenti ; et le démenti de telles réalités
fondamentales finira par empoisonner la totalité dans sa tentative de trouver
expression. Non seulement est-ce certain
que la pièce de monnaie amassée décompose tôt ou tard l'âme, (ainsi que la
prestance de déchets et du fœtus putréfie le corps) mais la culture qui adore
l’argent abandonne la vertu principale qui découle de l’échange des
cadeaux : sa capacité magique de retenir l'avarice et prévenir la
guerre. » Traduit Des origines du sacré : Les extases de l'amour
et de la guerre, par Dudley Young, St. Martin’s Press, New York, 1991, p.
207.
La mentalité paisible soutient nos âmes. Comme un physicien spirituel, Mahatma Gandhi a révélé que son noyau central consiste d’une fusion de la vérité et la non-violence. Nos âmes scintillent autour de ce noyau comme des électrons autour d’un énorme atome. À chaque moment du jour, une petite voix invariable nous chuchote : « Aime sans crainte. » Elle se répète inlassablement, à l’amplitude céleste à travers le vide cosmique. On n’a qu’à l’écouter et obéir.
Bien que la mentalité paisible brûle vive dans le jeune esprit idéaliste, elle vacille pendant l'âge intermédiaire et s’éteint de suite dans trop d'âmes malheureuses. Sur un terrain égal, presque tous favoriseraient la mentalité paisible par-dessus celle d'armes. Mais nos opportunités de pratiquer la paix sont aussi passagères que nos pratiques d'armes se sont prouvées diverses, puissantes et tentantes. Avec tant de conditionnement négatif, très peu d’éclairés ne parviennent à maîtriser la paix.
La technologie paisible paye son propre fret ainsi que celui de la technologie d'armes. En dépit d’innombrables retards imposés par des priorités d'armes, celle-là s'avance petit à petit, dépassant la vie et la mort, non moins le narcissisme sans scrupule de nos politiciens de désinformation.
La technologie paisible inclut :
· notre décrochage de la misère (au-delà de toute « poursuite constitutionnelle du bonheur ») ;
· notre poursuite de l'abondance, de l’agriculture soutenable, de la bonne santé et des droits humains ;
· nos cultes de la nature et du surnaturel ;
· notre quête d'Apprentissage : jeux, divertissements et éclaircissements ;
· notre poursuite :
o des protections de la paix ;
o de la philosophie sage ;
o d'entreprises valides ; et
o de professionnalisme utilitaire ainsi que d'autres activités vitales.
Dans l’absence de tels modifiants exemplaires, (en italiques) on ne doit nécessairement considérer ces derniers valables en soi. Après tout, ils se mutent trop facilement en intimidation organisée, pataphysique, satiation d'avarice et élitisme cru : symptômes dénonciateurs de la mentalité d'armes.
La mentalité paisible comporte un impératif catégorique : bien élever les enfants. Toute autre pratique passe au second plan de cet effort sinon y nuit. L’on dit, « Il faut un village entier pour bien élever un enfant » : l’élevage d’enfants en bonne santé exige l’appui de tous les adultes présents. Le but n’est pas d’élever indifféremment beaucoup d'enfants : une des stipulations d'armes. La gestion paisible exigerait que chaque enfant soit emmailloté dans un milieu optimal, que sa bonne santé et son plein Apprentissage prennent priorité absolue, tout comme les droits civiques de sa mère.
« Les
petits enfants éprouvent tous de l'amour pour leurs parents ; et quand ils
grandissent, tous éprouvent du respect pour leurs aînés. Aimer les parents, c’est l’humanité ;
et le respect des aînés, c’est le devoir.
Voici le secret : étalez-le simplement à tous sous les
cieux. » Mencius, traduit en anglais par David Hinton,
Counterpoint, Washington, D.C., 1998, p. 240.
Bibliography in English
Il semble évident que tous les biens sociétaux proviennent d'enfants chéris mûrissant en bons citoyens. Normalement, on pourrait considérer l’opposée également vraie : que les mauvais citoyens se prolifèrent quand davantage d’enfants est abusé. Au fond, nous nous enchantons dans le bonheur des gosses, ressentons le cœur brisé quand on leur nuit et rendons un ouf ! de soulagement dès qu’ils en sont délivrés. On n'a pas besoin d'être un parent pour le ressentir ni particulièrement sensible.
Pour quiconque accepterait la réincarnation, toute pratique sauf celle qui chouchouterait tous les enfants à venir sans exception, serait de la folie furieuse : signature du mandat sanctionnant son supplice juvénile en réincarnations du lendemain. Faudrait être éperdument dingue… Une autre bonne raison pour accentuer cette croyance.
Ceux résistants à cette empathie sont profondément troublés, ainsi que l’est notre société tout entière, puisqu'elle se moque bien de cette vérité élémentaire. Nous laissons des enfants périr par millions, des milliards supplémentaires devenir des adultes stupides par malnutrition et négligence.
On devrait raccommoder ces scandales mortels. Ces travesties seraient impensables au monde paisible, on n’aurait jamais entendu parler de telles ; elles provoqueraient l’effondrement de gouvernements et la révision complète de leur gérance. Les anciens chefs, paralysés de honte, se retireraient du service public en déshonneur intégral. Peu probable que nos chefs d’armes se présenteraient à la hauteur d'un tel idéal paisible. Les meilleurs en conviendraient peut-être, étant donné des conditions favorables. Une fois que nous nous en serons sérieusement convaincus, ils devront également en être persuadés sinon remplacés.
Une homélie bourdonne dans mon crâne comme de la musique d’ascenseur. Les êtres humains se fendent en trois catégories principales de comportement politique. Indépendamment d’autres allégeances, nous nous répartissons parmi des anciens herbivores, anciens carnivores et omnivores : des herbivores et carnivores fréquemment réincarnés, qui se sont rendu compte de la futilité de leurs anciennes habitudes.
Ancien herbivore : « Holà, voici tout plein de bon pâturage ! L’herbe ruminée, ce n’est pas de la nourriture de cerveau. Ainsi doit-on mâcher dur et faire beaucoup d'enfants : ce qu’on fait le mieux.
« Nous vivons dans le présent. Si quoi que ce soit nous démange, nous le grattons : notre univers réside dans ce grattement. N’importe quoi de plus, ça nous est trop compliqué.
« Eh bien ! Nos carnivores sont assez durs : ils nous chassent, nous tuent et nous mangent. Mais ils chassent outre d’autres qui doivent être pires. Qui sait ? Cela pourrait être pis. Tout ce qui nous effraye, notre bousculade aveugle le fera disparaître. Pourquoi s’embêter à voter ? Tout ce qu’on demande, c’est d’être heurrrrrrrreux. »
Ancien carnivore : « Voyez mon beau corps lisse, vorace et puissant ; mon intellect fait tic-tac : fatal et sans remords. Je vis dans l'avenir quand mes désirs les plus ténébreux seront enfin satisfaits.
« Je suis un expert en pensée magique. Dès que je pratiquerai une série précise de démarches dans leur ordre exact et en chronologie parfaite, je pourrai m’assouvir à perfection et à jamais (ce qui doit être le paradis et preuve de ma sélection comme favori de Dieu.) Personne ne peut me retenir et je tuerai quiconque le tenterait. Si j’échoue, c’est par manque de perfectionnement particulier. Aucune importance combien de fois je rate ; je dois finalement réussir sinon mourir dans l’attentat.
« Cette cérémonie obsédante compulsive peut être effectuée par un lion pendant sa chasse, un hiérarque pendant ses dévotions de culte, (soit sanglantes ou pas) par un magnat pendant ses transactions de bourse commerciale, un doctrinaire scientifique pendant ses astuces de labo ou un écrivain mastiquant ses propos. Mes résultats ont été plus ou moins valables en me réincarnant dans ces milieux et d’autant plus. Mon univers s’est focalisé sur le sacrifice des proies et mon perfectionnement particulier en l’effectuant. Rien d’autre ne compte tant et ni Dieu ni moi n’ont besoin de miséricorde pour quiconque de moins obsédé.
« Mes aïeux m'ont enseigné l’emploi de cet argent, de ces institutions et de ces nouveaux gadgets afin d’apaiser ma faim. Quiconque se permettrait d’être plus lent, faible et vertueux que moi, voici du gibier en règle. Tout ce que je puis griffer au sol, c’est ma propriété sacrée à moi de disposer comme il me plait. Si je m’en délasse, un autre carnassier plus affamé en profiterait.
« Finies les discussions ! Voici l’heure venue de poursuivre le bonheur.
« Je sais ! Courrons au parlement ! »
Omnivore : « Les salades sont très fines dans l’occurrence. Moi et mes pairs, nous pouvons neutraliser à volonté n'importe quel carnassier de rien du tout : c’est amusant, puis ce qui reste se mange bien !
« Nous coordonnons le passé, le présent et le futur afin d'augmenter nos opportunités de bonheur particulier. Nous ne nous intéressons pas tant dans la poursuite du bonheur d’aucuns : ce serait plutôt leur affaire. Nous sommes pourtant bien intéressés dans la promptitude du décrochage de leur misère : ce que les carnassiers politiques parviennent si facilement à oublier dans la poursuite coriace de leur bonheur particulier.
« De par la sélection naturelle, nous avons évolué pour apprendre. Le plus complexe notre univers d’information, le plus nous lui devons notre richesse. Ce supplément de richesse pourrait servir pour distraire les anciens herbivores et détourner les anciens carnivores jusqu'à ce qu'ils aient saisi les principes fondamentaux de la civilisation d'Apprentis.
Après cinq millénaires de compromis sanglants, nous venons à peine d’atteindre notre pas de course. C’est excitant ! Notre potlatch de données promet de supplanter les rigueurs de la battue et les rites du printemps. Chacun mérite abondance et sécurité… Voici évidemment le meilleur moyen de procurer les nôtres.
« Eh, ancien herbivore privé d’imagination ! Regarde au-delà de ta rumine. Eh toi, ancien carnassier sournois ! Ton agression trahit ta faiblesse. Va s’y, hasarde ta prochaine attaque. Elle échouera, tôt ou tard, comme toujours en fin de compte.
Eh, vous deux ! Rejoignez-nous dans la paix ! »
Mais ce n’est là qu’une écoute de musique facile. Les Apprentis examineront avec plus grande minutie la physiologie de la responsabilité sociale et du comportement public, ce qui leur permettra de découvrir des meilleurs modèles de motivation humaine.
« Paul
MacLean nous indiqua que nous sommes les propriétaires de cerveaux
trilatéraux ; non d’un cerveau mais de trois : chacun comprenant sa
façon de percevoir le monde et d’y répondre.
Richard M. Restak, Le cerveau : La dernière frontière (Garden
City, NY, Doubleday, 1979.) « Dans
l’ordre croissant des échelons phylogéniques, ils sont : (1) le reptilien
(le noyau central), (2) le palèomammalien (le système limbique), et (3) le
néo-mammalien (le cortex cérébral.) Le
premier, le reptilien, le plus primitif.
MacLean l’a tant bien marqué comme le complexe « R »
comparable en grande partie au cerveau des reptiles, [et des poissons]
incluant l'hypothalamus. En voisinage
de ce complexe, le palier contigu : le système limbique que l'on associe au
cerveau trouvé dans les mammifères primitifs...
« En
effet, nous semblons, du moins partiellement, avoir été encâblés
au préalable par le
cerveau reptilien, à être ritualistes, à craindre l'autorité, à développer des
ordres de picotement sociaux et peut-être même des névrites d’obsédant
compulsif...
« Pour
autant dans le cas du système limbique, nous semblons avoir été précâblés à
répondre de façon émotionnelle aux menaces à l'individu et à la continuité de
l'espèce. »
Dennis J. D.
Sandole, La base biologique du besoin.
Le conflit : La théorie des besoins humains, John Burton,
éditeur, 1990, Macmillan Press, Ltd., 1990, p. 71.
Bien sûr, notre communauté scientifique a fait de son mieux pour contredire cette théorie, déclarant que des non mammifères sont munis d’autres structures cérébrales aux fonctions semblables. Ils répertorient les céphalopodes et les oiseaux (mais non des reptiles) qui démontrent des capacités mentales étonnement avancées. http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=one-world-many-minds. Pourtant cette théorie peut servir Comme bonne illustration des priorités de divers êtres humains.
Une fois que nos modèles de la conscience humaine se rendront un peu plus évidents, notre évaluation des motivations humaines sera plus subtile et des meilleurs traitements pour des déviants avides de violence et orientés par la crainte nous permettront de nous entr’aimer sans grand effroi. Enfin !
Debra Niehoff passe en revue la correction criminelle dans son livre fort lucide, La biologie de la violence, Free Press, New York, 1999. Elle-même la victime d’un crime brutal, (ainsi que je l’ai été, le pistolet aux nez, et comme tu dois l’avoir été à cette époque de misère comme toutes celles d’autrefois) elle minimise la brutalité comme force dissuasive du crime et suggère des méthodes plus pensives de modification de comportement. Sa recherche indique que terreurs policières et brutalités pénales ne suppriment jamais la criminalité autant qu'elles ne l’augmentent. Voici l'effort constant de la mentalité d'armes : amplifier la criminalité et l’agression.
On occupe une terre en armes agencée par ceux démunis de la paix de Dieu, de son bien-reçu réciproque et de sa bienveillance. N’habiterions-nous pas cette planète pour la renouveler dans Son propre monde paisible, rempli de tels ? Le Dieu dont je crois aime la paix et abhorre la guerre entre Ses enfants. Dieu compensera ses Apprentis fidèles et avides de paix, comme Ses enfants authentiques et Ses vrais saints. Sa récompense se traduira en miracles.
Disons que tu n'étais ni athée ni dévot – pour la plupart munie d'esprit pareillement clos – et que tu cherchais à confirmer l’existence de Dieu, rien que pour ta propre satisfaction. Tu n’en trouverais de meilleur moyen que d’entreprendre la transformation de la terre en armes dans le monde paisible et entrevoir Dieu confirmer Son existence en nous inondant de miracles d’approbation. Après tout, nous serions en train de réaliser ce que Dieu nous a toujours prescrit au lieu de ce qu’Il a toujours interdit -- malgré l’autorisation démente de nos menteurs religieux et idéologues d'armes : « Tue, ment, déteste ton voisin, vole-lui et prie en public : nous vous ordonnons d'obéir à nos commandements d'homme et pratiquer ce que Dieu interdit. »
Ces miracles seraient les remplacements par Dieu de nos désastres parfaitement en série, parfaitement scientifiques et parfaitement orthodoxes. Nous pourrions verser dans le monde en paix toute la sainteté refoulée dans nos poitrines et jouir de miracles de sagesse, de bonté et d’amour. Tous les Apprentis pourraient s’y rendre en frères et sœurs, à tel point que nous ne puissions le contempler à présent.
Ce serait comme de jouer son rôle dans une pièce de théâtre, sauf que les charpentes, les costumes et les éclairages conformeraient toutes à la paix en améliorations successives ; puis le directeur de cette pièce, ses patrons, acteurs, équipiers et assistants, tous se seraient changés d’avis : que la terre en armes n’était pas si chouette et que l’on se sentirait mieux au monde paisible.
Chaque Apprenti pourrait endosser – avec davantage d’aise, de charité et de camaraderie ; plus facilement, volontiers et meilleur marché ; sans plus de risques ni de frousses ; se servant d’exponentiellement plus d’artisanat, de passion et de dévouement – le comportement de saints massés de Dieu : assoiffés, souls et combles de sa paix. Jusqu'à ce que Dieu obtienne Sa paix.
Nous sommes tous des Apprentis—de la naissance à la mort. En tant qu’êtres politiques, moraux, spirituels et pragmatiques : amants et apparentées de tous, pour le mieux ou le pire ; nous sommes les êtres choisis dans ce continuum d’espace-temps. De Dieu, d’Allah, du sort ou du néant ? C'est comme tu voudras. J’appelle ça Dieu, et nous-mêmes, appartenant à Dieu : comprenant le tout du haut en bas, entre les deux et nul part. Ça te dérange ? Pourquoi ?
Au lieu aurons-nous choisi d’éterniser comme esclaves de la terre en armes. Emportés dans une danse à claquettes de guerre perpétuelle et de paix éphémère, nous improvisons de notre mieux en rendant hommage à deux principes contradictoires : la mentalité d’armes et celle paisible. Affligés de cette schizophrénie en masse et demeurant ses otages, réduits en brebis asociales et loups solidaires : les enfants gâtés de Dieu au lieu d’être Ses saints.
Quel triste gâchis !
ENSUITE TABLE
DES MATIÈRES ANTÉCÉDENT
APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix