- CONSOLAMENTUM HYPOTHÉTIQUE -

 

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SOMMAIRE D’APPRENTIS                    INTRO ET VOCABULAIRE

 

(Récité par les perfecti des Cathares du moyen âge, pendant une veillée de mort, un peu comme des moines bouddhiques se servent des versets du Livre tibétain des morts.)

 

Ce poème est entièrement de mon invention.  Je le dédicace à mon père qui expira avant que je n’aie pu le lui réciter, à tous ceux qui ont bravement confronté les incertitudes de la vie et la mort, sans le moindre bouclier spirituel, ainsi qu’à ceux qui devront périr, une fois de plus, avant de pouvoir s’en servir…

 

N'aie plus peur,

O noblement né,

Car tu es sauvé.

 

Le Christ endossera

Ton fardeau karmique,

Peu importe combien déplorable

Qu’il te paraîtrait.

 

Respire profondément,

Respire doucement,

O noblement né.

 

Ferme tes yeux

Et repose-toi en paix.

Meurs facilement, doucement

Et demeure en paix

Cette dernière fois.

 

Laisse échapper ton âme

De ce corps défaillant,

Avec confiance, espoir et joie éternels,

Comme tu t’approcherais

De ton mariage,

Comme le Christ nous instruit.

 

O noblement né !

Tu t’es tiré de millions de milliards de corps

Avant celui-ci.

Après autant d'agonies de mort,

De vies sans compter,

Bourrées de crainte, de peine et d'anxiété,

Ont fait partie de ton destin 

Jusqu’à ce jour.

 

 Tu es libre, à présent, de tout ça.

 

Après de t’être libéré

De cette coquille mortelle,

Comme un pilote se jetterait

De son chasseur en flammes,

Ton âme, décharnée et à la dérive,

Roulera dans l'espace et le temps,

Jusqu’à ce que tu te fatigues de son vide coriace,

Son silence poussiéreux et sa corvée monotone.

 

Tu pourrais passer en revue,

Comme un vieux touriste las,

Toutes les étoiles dans les cieux,

Et contempler des univers

Naître, flamber et mourir,

D’intense beauté,

Sinon écouter le doux chant d’oiseau

Et contempler sans façon les fleurs pousser,

Du lever jusqu'au coucher du soleil.

 

Tomber sur

Des anges, bêtes et démons

Reflétant tes propres

Espoirs, désirs et frayeurs,

Desquels tu pourrais choisir

De toucher et d’en être touché,

Pour le mieux ou le pire.

 

Tu pourrais tarder sur cette terre,

Rôder ses maisons et campagnes,

Hanter lieux familiers ou inaccoutumés,

Passer voir d’anciens rejetons et amants,

Perdu et le cœur affligé,

Pour autant que tu pourras le supporter.

 

Tu en auras bientôt assez,

O noblement né.

Tôt ou tard,

Ton âme convoitera,

Avec tant soit plus d’urgence,

Une nouvelle vie charnelle.

 

Tu reflueras dans la vie,

Chuteras en arrière dans la vie,

Comme une pierre cherche sa profondeur

Et l'eau son écoulement

Au fond du courant de la vie,

Irrésistible,

Pire que la nécessité de pisser,

O noblement né.

 

Une fois que ton âme affamée

Se mettra à languir pour la vie,

Tu tarderas ton retour,

Examinant avec impatience

Des conceptions interchangeables

Pour trouver une renaissance admissible

Dans ce monde.

 

O noblement né !

Cherche les indubitables phares psychiques

De la conception immaculée de Marie

Et du Relèvement du Christ !

Piste-phare d'atterrissage lourd

Illuminée par des stroboscopes aux deux bouts,

Dans un terrain vague

D'accouplements furtifs et de trépas lugubres,

Autrement morne, grisâtre et charnel.

 

Ignore les nombreuses et passagères rentrées de marée :

Karma, familiarité, désir et frayeur,

Te leurrant à chercher ta renaissance

Dans un enfant mortel,

Un cadre familier,

Parmi tes familiers,

Et de remise sur la Roue du désir et de la mort.

 

O noblement né !

Abandonne ta famille,

Tes amis chéris,

Tes plusieurs patrimoines

Et toutes tes possessions.

Prends au lieu Sa Croix.

 

Renais-toi dans Son esprit éternel,

Comme tu es né dans cette chair vibrante.

 

Rappelle-toi Ses paraboles multiples

Qui ont un sens parfait dans ce contexte,

Et aucun ailleurs.

 

Saisis Sa ligne de survie,

Revis le cours de Sa vie :

Cette Vie sacrée

Que tu aurais pu mener

Si tu retins un grain de vraie foi.

 

Mais Dieu a miséricorde,

Même aux implacables,

Même aux méchants,

Même à toi,

O noblement né.

 

Examine et repente-toi

De tes péchés irrémissibles,

Dans la lumière parfaite

De Sa Vie et de Son Agonie.

 

O noblement né !

Comme tu souhaiteras

Que tu ais obéi Dieu à la lettre

Et te serais entièrement soumis—

Si cruellement que ta conscience

Te tourmentera !

 

Ta souvenance de tes multiples trahisons de soi

Durera toute Sa Vie.

Pendant trente et quelques longues années,

Chaque péché que tu as commis,

Tu t’en repentiras en centuple ;

Chaque bonne action

Un maigre baume

Pour ton âme lacérée de péchés.

 

Ceux-là t’inciteront

À rendre Ses Propos en vraie foi

Et voir le monde à travers Ses yeux brillants

Avec clarté divine,

La poutre enfin enlevée de ton œil.

 

Prends courage

Quand ils viendront te trahir et crucifier.

Porte Sa couronne d’épines,

Reconnaissant pour cette pénible distraction

De ton manque de mérite.

 

O noblement né ! 

Tes peines sont presque achevées.

Et Sa clémence

Pourrait même t’épargner

De ce qui doit suivre

Pour Lui.

 

Son angoisse d’une journée

Te semblera le dernier élancement

De ton tourment interminable.

Son Calvaire, en ascendant Golgotha,

Les derniers pas chancelants

De ton ascension au ciel. 

 

Plus de renaissances pour toi

Sur la Roue du désir et de la mort.

 

Ensuite pourras-tu rentrer avec Lui,

Tout droit au paradis,

Cet après-midi même,

Toi et le voleur repentant, Dimas.

 

Là trouverez-vous Dieu

Vous attendant :

Son Fils unique 

Et Ses compagnons,

Prodiges et bienvenus.

 

Tu rejoindras tous ceux

Qui se sont précipités

De la Roue du désir et de la mort

Et ont endossé au lieu Sa Croix.

 

Il a promis de garder ce chemin

Ouvert pour nous :

Ses enfants.

 

Où tu rejoindras tes familiers,

O noblement né.

Tôt ou tard,

Après une mort de moins,

Sinon une ou plusieurs de plus,

Te suivront ou te devanceront

Sur ce chemin.

 

Ne te tracasse plus

Des considérations

De l’espace et du temps,

D’avant et d’après,

De singularité et de multiplicités,

Et quelle âme appartient à quel corps.

 

La faible lueur de ta foi

T’aveugle au fait

Que tu pourrais te désorbiter

Ou te couper le bras,

S’ils t’offensent,

Sans en retenir un soin,

Tant peu important serait-ce,

Dans la fantaisie qu’est ta vie

Qui te semble si grave.

  

Tu ne peux pénétrer

Les matières de ce monde

Sous la lueur de la vérité,

Bien moins celles de l'esprit.

 

Ais un peu de foi,

Une brindille d’espoir,

O noblement né,

Et tu en seras sauvé.

  

Personne ne peut te l’arracher,

Personne ne l’interdire

Ni te l’extraire

Par force,

Par sentiment,

Par persuasion.

Dis leurs ce qu’ils veulent entendre,

Ce sera égal.

 

Tu périras de toute façon,

Et seras donc

Parfaitement, miraculeusement et absolument libre

De choisir le paradis

Ou revenir en arrière

Sur la Roue.

 

Certes pourrais-tu opter de revenir

Sinon en être gentiment prié,

Et aider tes frères et sœurs

À retrouver le bon chemin,

Remettre davantage d'enfants perdus

Entre les bras de Dieu,

O Bodhisattva.

 

Aussi pourrais-tu languir pour ton retour

Au bon vieux temps du désire et de l'ignorance :

Une autre leçon,

Une opportunité de réussir en plus rugueux ;

Sinon simplement tressaillir

Devant l'agonie destinée au Christ et à toi,

Sinon ton manque de mérite pour cet honneur ;

Et te soumettre, une fois de plus,

À la Roue.

 

Tu es parfaitement libre de choisir,

O noblement né !

 

Éminent le Père,

Éminent le Fils

Et le Saint-Esprit :

Notre rèconforteur

Que Jésus nous promit.

 

Car c’est par Eux

Que tous seront délivrés

Qui choisissent de l'être,

Qui regardent et qui voient,

Qui écoutent et entendent.

 

N’aie plus peur de rien,

O noblement né.

Tous doivent mourir,

Et mourir de suite, sans fin ;

Jusqu’à nous soyons renés et saufs

Dès que nous choisissions de l'être :

Nous, les biens disposés,

Comme promis.

 

(Les prêtres ont quitté la pièce…)

Matthieu 6-9, répéter tout seul…

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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